Au Centre Ouest de l’Espagne, pas très loin du Portugal, il y a L’Extremadura… J’étais au nord de cette région… Faible
pression démographique… D’où une fluidité de circulation franchement agréable… La campagne commence immédiatement où s’arrêtent les villes, jamais très grandes… Et quand je dis la campagne, je
parle d’un lieu intact de nature et de cultures, affrachi de l’intrication humaine qu’on connaît chez nous… Soudain, plus de maisons, plus de halles artisanales, plus de lotissements… C'est comme
ça que je vois les choses... Seulement quelques villages, distants et sagement repliés dans leur périmètre, respectueux de la place qui leur a été allouée… Liberté et harmonie...
Au nord de l’Extremadura, il y a la Sierra de Gredos, frontière naturelle au sud de la Castilla y Leon… Je l’ai franchie,
et j’ai rôdé entre Caceres à l’ouest, pas très loin du Portugal, et Saucedilla à l’est… Avec le parc national de Monfragüe pour centre nevralgique, accuillant l’essentiel de mes
tribulations…
La région est avant tout un plateau, en tout cas c’est ce qui m’a semblé… Le plus souvent, c’est la dehesa, système
végétal inhabituel pour un Français du Limousin : des pâtures couvertes de chênes-lièges et de chênes verts, clairsemés... Le tout donnant au bout du compte et paradoxalement l’impression d’un
milieu ouvert…
Vers l’ouest, en allant vers Cacérès, les arbres disparaissent et c’est la steppe… De l’herbe à perte de vue dans un monde
plat, découpé de manière géométrique par des routes perpendiculaires aux axes principaux et qui mènent à des fermes invisibles… Pas marrant, mais exaltant, de façon incompréhensible… Un désir de
pénétration et d’investissement... Chimérique, frustrant et lourd de promesses à la fois… Seules les lignes électriques ou téléphoniques s’élèvent au-dessus du sol… Imaginez un peu: ondulation
envoûtante du terrain où la vue s’égare, où les repères disparaissent…
Dans la dehesa, comme dans les steppes proches de Cacérès, des troupeaux de vaches, noires et menaçantes, semées au hasard
des immenses étendues… L’Espagne ? sans aucun doute…
Si vous n’allez pas jusqu’à Cacérès, vous perdrez quelque chose… Une ville moyenne, avec à l’intérieur une cité
historique, entièrement préservée et ceinte de remparts ocres… Un gros chat, ramassé sur lui-même, irréfutable et sans concessions… Ruelles, perspectives et surprises… Palais contigus aux églises
ou aux cathédrales, aux monastères ou aux écuries… Comme un trésor qu’un géant étourdi aurait amassé pour l'oublier là, un peu plus tard, en tas… Offrande improbable au hasard et aux
souvenirs…
La parc National de Monfragüe, c’est avant tout le Tage (Tajo) qui coule vers le Portugal d’est en Ouest… Il est rejoint
par plusieurs affluents, dont le plus important est le Rio Tétar, descendu de la Sierra de Gredos… L’ensemble creuse le plateau… Pentes arrondies ou falaises... Des eaux sinueuses et calmes,
larges et lentes… Un bleu profond, opaque et lumineux à la fois…
Depuis les hauteurs, c’est comme une carte… Au confluent des deux cours principaux, auxquels se joignent trois rivières
plus modestes, on dirait que le sol a craqué, comme une couche de glace sur laquelle, depuis le point d’impact, des crevasses ont irradié en trajectoires tourmentées et aléatoires… Les rivières
ont révélé des crêtes, dont les deux principales se font face sur des kilomètres, d’est en ouest, de part et d’autre du Tage… Et partout, les pentes douces alternent avec les falaises verticales…
La dehesa vient échouer au bord de cet effondrement, mais la végétation demeure pénétrable… La vue est libre…
Plus à l’est, c’est à nouveau la dehesa... Et puis, après une vingtaine de kilomètres, une immense lagune proche de
Saucedilla, excroissance quasi pathologique du Tage : l’embalse de Arrocampo de Almaraz… Le secteur n’est pas beau, mais d’un point de vue naturaliste, il peut s’avérer intéressant…
Je suis resté deux jours en chambres d’hôte à Villareal de San Carlos, au coeur même du parc… Impossible de trouver
meilleur base… Il n’y en a d’ailleurs aucun autre…
Changement de dimension : le temps ralentit, renâcle et repart en arrière… L’homme se fait rare et, du coup, devient
supportable, voire intéressant…
Et toujours cet immense respect des systèmes, probablement inconscient, jusque dans l’infiniment petit (il doit y avoir
quinze maison à Villareal) : pas d’interpénétration… Les habitations s’arrêtent tout à coup et la nature commence aussitôt… La compacité de celles-ci libère immédiatement celle-là, elle exulte…
J’ai retrouvé cette constante dans toute la partie intérieure de l’Espagne que j’ai parcourue à ce jour : Aragon, Navarre, Castille et maintenant Extremadura… Je fais abstraction des zones
côtières qui ne sont aujourd’hui plus en Espagne, mais dans le « monde », dans le village global,, tout comme Antibes, Dubrovnik ou Agadir… L’Espagne intérieure possède une identité et une
authenticité profondes et troublantes… Ses hommes aussi… Un voyage en Europe… Dépaysement garanti…
Allons-y pour les oiseaux…
La dehesa et les steppes – Autour de Monfragüe
On va commencer par là, parce que c’est forcément par là qu’on arrive à Monfragüe qui est au beau milieu… Je serai
relativement bref, n’ayant fait que traverser ce secteur en voiture…
On est franchement perturbé par ce type de paysages quand, comme moi, on vient du Limousin… Des prés parsemés d’arbres, à
perte de vue… Parfois un Cerf Elaphe ou une biche apparaît dans une trouée… Ou un troupeau de vaches : couleur noir corrida ou roux écureuil, mélangées… C’est inhabituel… Mais ça s’étend sur une
bonne partie de la campagne espagnole… Et peu importe le relief…
Scruter le ciel et les fils en bord de route… Même s’il y a sûrement autre chose à faire… Mais je n’avais pas vraiment le
temps et je savais pas « me servir » de ce type de milieu… Je veux dire par là que mes yeux n’étaient pas entraînés…
Alors commençons par les fils : Bruants Proyers et Etourneaux Unicolores, très nombreux…
Pies-grièches à Tête Rousse tous les cent mètres et Pies-Grièches Méridionales nettement moins fréquentes…
Pie-Grièche Méridionale
Quelques Tourterelles des Bois… Quelques Tariers Pâtres… Parfois une Buse
Variable sur un poteau… Ou un Milan Noir…
J’arrête un peu la voiture et j’écoute… Le temps de boire un coup… Des Rossignols
Philomèles chantent, pour peu qu’un bosquet broussailleux et un peu épais se dresse quelque part… Des Pies Bleues apparaissent et disparaissent entre les troncs, en
vol… Insaisissables… Il y a aussi des Pies Bavardes…
Je lève la tête et je vois des rapaces : Milans Noirs extrêmement abondants, partout… Aigles
Bottés… Un Circaète Jean-le-Blanc…
Aigle Botté
Et aussi des Vautours Fauves… J’en ai compté plus de 70 ensemble, en vol au-dessus d’un point que je ne
pouvais distinguer, probablement un cadavre… Et d’autres arrivaient… Ce n’était pas très loin de Monfragüe…
Les Cigognes Blanches sont là… Arpentant l’herbe ou en vol… Sur leur nid aussi, quand elles trouvent dans
cet immensité horizontale un pylône ou un bâtiment en ruine assez haut pour s'y installer… Sur la route entre Torrejon el Rubio et Cacèrés, je n’ai noté qu’un cas de nidification arboricole… Mais
alors !… Neuf nids sur deux chênes verts côte à côte, des arbres de taille tout à fait moyenne… Les cigognes avaient niché dans ces conditions ici et nulle part ailleurs… Pourquoi ?…
Les cigognes font la liaison avec les zones de steppe, où elles se contentent des pylônes, derniers dernier sacrifice
désormais concédé à toute verticalité… Je dois dire que pas mal d’espèces sont communes aux deux milieux… Ici, j’ai vu un vol de Glaréoles à Collier d’une trentaine de membres,
tournoyant en essaim près du sol, en chasse au-dessus d'un secteur précis dont je ne parvenais pas à découvrir l'intérêt particulier, juste en bord de route… Je me suis arrêté : pas d’eau pour
caractériser cet endroit par rapport aux autres… Et des cris assourdissants…
J’ai observé de très nombreux Guêpiers d’Europe, partout où la terre sablonneuse affleurait… Et puis, sur
un fil, un Traquet Oreillard… J’ai été surpris de rencontrer cette espèce dans un milieu aussi ouvert, ne l’ayant jusqu’alors observé que dans des paysages
broussailleux…
La ville de Cacérès –sublime –, c’est comme partout en Espagne : cigognes, cigognes, cigognes !… Mais également des
colonies de Faucons Crécerellettes sur les grands édifices... Comme dans tous les villes ou bourgs de la région où je suis passé… Ils sont là-haut, tournent au-dessus des tours,
plongent entre les clochers et disparaissent à la vue…Pas si faciles à observer sans risquer un torticolis… Et dans les parcs, le chant des Serins Cinis, très nombreux, et des
Merles Noirs…
Le parc national de Monfragüe
Tout d’abord, c’est beau… Mais je l’ai déjà dit… Falaises… Pentes douces et bombées, s’arrondissant pour épouser les
méandres du Tage ou de ses affluents… Des crêtes rocheuses au-dessus du tout…
Végétation aux odeurs capiteuses… Plutôt rase… Une sorte de petite dehesa sur un tapis de broussailles… Dans un relief
âpre et sans pitié…
A Villareal de San Carlos, rien d’extraordinaire… Rougequeues Noirs sur les bâtiments… Nombreux
Moineaux Domestiques… Des Etourneaux Unicolores… Et des Hirondelles Rustiques qui nichent sous les appentis… Des Chardonnerets
Elégants entre les maisons…
Au petit matin, avant que les oiseaux soient envolés, ils suffit de suivre la route qui sillonne le parc pour observer des
Cerfs Elaphes et des biches…
Cerf Elaphe (biche)
Impressionnant… J’ai également trouvé sur la route une Mangouste Ichneumon écrasée… J’aurais aimé voir à
quoi elle ressemblait vivante…
Même si je le savais pour l’avoir lu, j’avais oublié que cet animal avait été introduit en Espagne il y a bien longtemps…
Pour lutter contre les serpents…
On ne pénètre pas dans le parc… On le scrute
depuis des belvédères qui font face au falaises… On considère qu’on est au loin ou qu’on est près, selon qu’on distingue ou non un détail, qu’on réussit ou non une photo … Sur le Castillo on
s’assoit sur un parapet au-dessus du vide, on est loin mais on voit tout… Je l’ai déjà dit… Alors on s’installe sur ce balcon, pour un moment, tranquille… On regarde les reliefs et on regarde
le ciel… Parfois les yeux s’attardent tout près, sur un arbuste ou sur des rocailles…
Installation sur le belvédère… Je vous conseille « El salto del gitano » ou « El portillo del Tietar »… Et puis le
Castillo, dont j’ai déjà parlé, qui surplombe « El salto del gitano »… Le premier site est superbe : falaise torturée tranchée de part et d’autre de son cours par le Tage… Des pitons jaillissant
de l’eau bleue… Une merveille… « El portillo des Tietar », moins spectaculaire est cependant un spot incontournable pour l’observation des oiseaux…
Assis ou debout, on attend… Et ça vient tout seul… On scrute le ciel et les falaises… Et celui-ci vous conduit
immanquablement à celles-là… Ou le contraire…
Les abords immédiats de votre poste d’observation vous paraissent d’abord bien calmes… Et puis, le chant des
Rossignols Philomèles éclate, de tous les côtés à la fois… Un Troglodyte Mignon les accompagne quelques minutes, tout en bas de la pente, au bord de l’eau… Une
Fauvette à Lunettes se tient longuement sur une broussaille, silencieuse… Mon seul contact du voyage avec le genre « Sylviidés »… Un Pigeon Ramier passe au ras
des arbres, juste en dessous de vous…
Merles Noirs, Mésanges Charbonnières, Geais des Chênes, comme chez moi…
Un Coucou Geai se montre un instant sur un arbuste dans la pente, puis s’envole, vite perdu de vue au détour d’un escarpement… Plus tôt, c’était les Coucou Gris
et les Pinsons des Arbres qui assuraient le lever des couleurs, alors que rien ne bougeait encore dans le ciel… Des Bruants Fous vont et viennent, remuants, se
laissant parfois observer bien à découvert sur des rochers dénudés… Un Cochevis de Thékla dans les mêmes conditions… Mais je ne prêtais que peu d’attention à ces espèces…
Profitez des Pies Bleues… Elles sont habituées aux observateurs et j’imagine aux restes de nourriture
qu’ils laissent traîner derrière eux… Peu farouches ici, inapprochables ailleurs…
Pies Bleues
Si quelqu’un peut m’expliquer l’aspect de la calotte de l’individu de la photo suivante, je suis preneur…
Et maintenant, levez-les yeux… Tout peut passer au-dessus de vos têtes… J’ai vu des centaines de Vautours
Fauves… Le matin il s’élèvent depuis leurs falaises, tournent péniblement et puis trouvent un courant porteur… Ils dérivent alors par petits groupes, tout droit, vers les cultures et les
zones de dehesa… Parfois ils passent tout près de moi quand j’étais au sommet du Castillo…
Vautour Fauve
Leurs aires occupent presque chaque vire sur les falaises et accueillent chacune un poussin à la tête et au cou très
pâles, bien plus bruyants que je ne l’aurais cru… Mais peut-être cette impression est-elle due à leur forte abondance…
Vautour Fauve
Soyez attentifs, des Vautours Moines se mêlent aux vautours fauves, mais ils sont nettement moins
nombreux…
Vautour Moine
Je dirais que pour trouver un vautour moine, il faut observer au moins cinquante vautours fauves…
Vautour Moine
J’ai vu un nid, sur un arbre, au milieu d’un bosquet, dans une langue pentue qui descend en douceur vers le confluent du
Tage et du Rio Tetar… Inexpugnable... J’étais très loin et, même avec la lunette, je ne distinguais pas le contenu de l’édifice… J’ai seulement vu l'adulte qui se posait dessus…
Vautour Moine
Détaillez les crêtes des falaises : quelques vautours moines viennent régulièrement se poser avec les vautours
fauves…
Vautour Moine (à gauche) et Vautour Fauve (à droite)
Pas mal de couples Percnoptères d’Egypte… Enfin, quand je dis pas mal, je veux dire que j’en ai observé
deux ou trois… Facilement reconnaissables pour les adultes, noir et blanc très contrasté… J’ai vu un adulte et un jeune, posés ensemble au bord du Tage, à quelques centimètres de l’eau, sur
une étroite bande de sable… Incongru...
Partout dans le ciel, des Milans Noirs… Une Bondrée Apivore… Un Héron
Cendré qui s’élève des rives du fleuve… Des Aigles Bottés…
Aigle Botté
Sur les falaises, des couples de Cigognes Noires ont construit leurs nids…
Cigognes Noires
On peut en observer sur les deux sites que j'ai visités… J’ai découvert des nids, avec deux ou trois jeunes tout blancs à
l’intérieur…
Et des adultes qui vont et viennent, cerclant parfois avec les vautours…
Cigogne
Noire
J’espérais l’aigle ibérique et l’aigle de Bonelli, que je n’avais encore jamais vus…
Eh bien, je n’aurais toujours pas vu le second…
Quant au premier, l’Aigle Ibérique, je l’ai observé, mais dans des conditions auxquelles je ne
m’attendais pas, exaltantes et insatisfaisantes à la fois : un adulte et son poussin sur leur aire, découverts depuis le haut du Castillo, dans la pente arborées qui descend tranquillement
vers un affluent du Tage, sur le côté du « Salto del Gitano »… Toute une matinée à attendre et l’adulte n’a pas bougé !… Un vrai truc de dingue !… J’escomptais un envol et un coup de chance…
Qu’il vienne à passer près de moi… Et seulement cette catastrophique digiscopie où je n’arrive même pas à déterminer dans quel sens l’oiseau tourne la tête…
Aigle Ibérique
J'ai quand même vu cette espèce... Ce n'était pas gagné...
Les falaises accueillent des Faucons Pèlerins… J’en ai vu quelques uns, alerté par leurs cris aux abords
de l’aire… Des Grands Corbeaux aussi, comme il va de soi dans un tel milieu… Et puis les hirondelles : Hirondelles de Rochers, Hirondelles de
Fenêtre, Hirondelles Rustiques et Hirondelles Rousselines, abondantes… Des Martinets Noirs…
Les Monticoles Bleus sont communs et cantonnés… Scéance de nourrissage juste sous mon nez, avec des
jeunes bientôt volants qui pointaient leur bec hors de l’anfractuosité d’un rocher, s’aventurant parfois à découvert quand l’adulte leur apportait des insectes…
J’ai repéré un couple de Pigeons Bisets nicheur sur les falaises… J’ignore quel est le réel statut et
l'origine de ces oiseaux… Celui de la photo n’est pas l’un d’eux… Je l’ai surpris dans le village de Villareal où il se nourrissait seul, au sol, alors que j’étais caché derrière un muret… Il
s’est enfui quand je me suis montré, mais je doute fortement de son éventuel caractère "originel"…
Pigeon Biset
Dans la tour du Castillo, j’ai noté la présence de deux couples de Craves à Bec Rouge qui entraient et
sortaient continuellement par les fenêtres… J’ignore s’ils faisaient plus que « visiter » ce bâtiment ou s’ils y avaient élu domicile…
Au pied de l’édifice, rencontre avec un Lézard Ocellé, énorme…
Incontestablement, de petis airs d’iguane…
Enfin, j’ai constaté la présence de centaines de nids d’Hirondelles de Fenêtre alignés à se tocuher,
sous les parapet des « barrages » qui coupent le cours du Tage et du Rio Tietar, de simples ponts en définitive dotés d’un système hydraulique… Les oiseaux, comme une nuée chassent au-dessus de
la surface de l’eau, juste à proximité de leurs colonies… Sur les berges, dans le même secteur, des Bergeronnettes des Ruisseaux et des Bergeronnettes
Grises…
Deux échecs cinglants : le grand-duc et l’aigle de Bonelli… Mais deux matinées, c’est court… Je reviendrai seul ici… Une
semaine entière… Pour m’imprégner des lieux, les apprivoiser et laisser mes yeux s’habituer à l’environnement et à ses perspectives…
Embalse de Arrocampo de Amalraz – Réserve de Saucedilla
A une vingtaine de kilomètres à l’est du parc de Monfragüe, il y la réserve de Saucedilla… Juste au bord d’une retenue
poussée comme un chancre énorme sur le Tage… Pas joli : des terres pelées et parsemées de rares bosquets ou broussailles, des petites lagunes avec leur roselière et une saleté de route qui
traverse le tout… Je ne suis resté ici qu’une heure…
Depuis que j’étais en Espagne, j’avais questionné pas mal d’ornithos sur le moineau espagnol… Observateurs comme moi,
Espagnols ou étrangers, rencontrés principalement dans le parc de Monfragüe, ils avaient paru plutôt pessimistes… Moi qui croyait qu’à partir d’une certaine latitude cette espèce devenait aussi
commune que le moineau domestique !… Les réponses, quand il ne s’agissait pas de moues dubitatives ou d’yeux levés au ciel, étaient plutôt décourageantes : « très difficile », « très rare » et
tutti quanti…
Un Français, plutôt pointu question oiseaux et qui parcourait l’Espagne depuis plusieurs semaines m’avouait qu’il n'en
avait pas vu… Je me préparais au râteau… Quelques heures plus tard, dans Monfragüe, je retrouvais par hasard mon Français... Il me faisait part d’une info selon laquelle il y aurait des moineaux
espagnols vers Saucedilla… C’est tout…
Arrivé sur place, un tour à la maison du parc… Une hôtesse très sympa, qui parle anglais… On discute et elle me montre le
« dépliant » français de la réserve… Délirant : le busard des roseaux est devenu « l’aigle des lagunes » et j’en passe… A mourir de rire !… Je lui propose de tout me balancer par mail et je lui
ferai une traduction fidèle… Je lui parle du moineau espagnol et sa réponse est immédiate : jamais vu dans la réserve…
Je fais plusieurs observatoires à roselières… Sûrement très intéressants, mais je n’ai pas le temps… Je ne suis pas seul
et je dois faire quelques concessions à ma moitié, pas spécialement passionnée par les oiseaux, surtout quand l’environnement est moche… C’est mes dernières minutes d’ornithologie… Les deux jours
suivants seront consacrés à la visite de villes, en remontant vers la frontière…
La réserve mériterait quelques heures d’attention… Je ne jette qu'un coup d'oeil... La faune des lagunes est riche…
Canards Colverts, Foulques Macroules, Gallinules Poules-d’eau… Et surtout Talèves Sultanes, faciles à voir et manifestement
abondantes… Hérons Cendrés et Pouprés… Blongios Nains et Bihoreaux Gris… Pas de photos de blongios, de bihoreaux ou de talèves
: je n’ai observé ces espèces qu’au moment précis où elles disparaissaient dans les roseaux… Les observatoires son très bien, mais leur accès est dépourvu de toute discrétion, et bruyant… Je
pense qu’il faut s’y poser un moment et attendre que les oiseaux aient oublié votre arrivée…
Le secteur est survolé par de pléthoriques Milans Noirs – comme partout d’ailleurs –… Je vois aussi un
Milan Royal, le premier du séjour, et quelques Busards des Roseaux , également connus comme je viens de l'apprendre sous le nom d'« aigles des lagunes »…
Dans les roseaux, chants de Rousserolles Turdoïdes… Dans les broussailles, Rossignols Philomèles et Bouscarles de Cetti… En vol au-dessus des
herbes, Cisticoles des Joncs…
Chaque observatoire accueille des théories de moineaux… Malgré ce qu’on vient de me dire, je les passe au peigne fin : des
Moineaux Domestiques, tous…
Dernier observatoire… De l’autre côté de la lagune un arbre en boule, littéralement recouvert de Hérons
Garde-Bœufs… Une centaine répartis dans le houppier comme des fruits, comme des pommes sur l'arbre qu'aurait dessiné un gamin…
Je n’ai pas vu grand chose ici, je vais rejoindre la voiture… Nous fermons l’observatoire…
Juste à ce moment, j'entends un cri de moineau et tourne la tête... Un petit oiseau s'envole vers un bosquet de tamaris…
Je prends les jumelles et je fouille… Bingo : c’est un Moineau Espagnol… Last but not least !...
Il collecte de la nourriture un moment et s’envole à 500 mètres de là, pour s’enfoncer dans l’épaisseur d’un nid de
Cigogne Blanche construit au sommet d'un grand pylône… Son propre nid est à l’intérieur de l’immense tas de branches… Au bout de quelques secondes, il ressort et revient dans les
mêmes broussailles… J’observe le manège trois fois, sans qu’il daigne s’approcher plus de moi… Immense coup de bol… Et je m’en allais !… Incroyable… Je passe à la maison de la réserve et montre
les (mauvaises) photos que je viens de prendre… La responsable ouvre des yeux ronds comme des billes…
Adios…